Parenthèse congolaise

A la frontière congolaise

Les amis, je vous ai délaissé la semaine dernière pour la première fois depuis août 2020 et m’en excuse platement. J’étais en vadrouille dans le Nord de la Zambie… et pas franchement en mode goguette, mais plutôt intense, d’où le silence.

En effet, Tribal Textiles – la marque de textiles de maison artisanaux pour laquelle je travaille depuis six ans en Zambie – y mène un projet avec UNHCR (le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) dans un camp de réfugiés congolais situé au Nord Ouest de la Zambie, à la frontière entre la Zambie et le Congo, à deux pas du Lac Mweru.

Pas précisément la porte à côté quand on vient du Sud Est de la Zambie 🙂 Un peu plus de 1 500 kms à parcourir pour y arriver, soit environ 24h / 3 jours de route ici. An epic journey, believe me !!!

Le projet Made51

Concrètement, le constat de UNHCR est le suivant :

  • en moyenne, un réfugié passe 17 ans de sa vie dans un camp ;
  • les journées s’y suivent et s’y ressemblent, avec très peu d’opportunités ;
  • l’artisanat est le deuxième plus gros secteur d’activité au monde ;
  • les réfugiés fuient leur pays avec presque rien mais emportent avec eux leurs mains et leurs savoir-faire artisanaux (s’ils en ont).

Alors ils ont créé Made51, dont le nom est une référence à la convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés. Cette initiative lancée en 2014 a développé des projets artisanaux dans 17 pays à date, en mettant en relation une LSE (local social enterprise) déjà bien implantée localement et à l’international dans l’univers de l’artisanat et des réfugiés dans le pays où cette LSE opère.

L’objectif : développer ensemble des produits avec des savoir-faire artisanaux locaux, leur offrir des débouchés commerciaux et par là même évidemment offrir aux réfugiés des opportunités de retrouver une activité et générer des revenus. Plutôt malin comme idée sur le papier !

Made51 et UNHCR ont approché Tribal Textiles – de loin l’entreprise zambienne la plus développée en matière d’artisanat et d’export international – fin 2020 et nous avons commencé le projet en février 2021.

Bienvenue à Mantapala

Notre styliste a déjà passé près de 8 semaines à Mantapala, à identifier des savoir-faire, des artisans, mettre en place le projet, imaginer des produits etc. Cette fois j’y allais avec elle pour rencontrer les artisans, valider la collection, se mettre d’accord sur les prix, organiser la logistique des commandes à venir…. mais SURTOUT pour filmer tout cela et raconter l’histoire derrière les produits.

Alors je ne vais pas mentir : ma semaine d’observation a généré des tonnes de questions et de sentiments très contradictoires. J’ai vraiment fait de mon mieux pour arriver aussi neutre que possible – et je ne souhaite évidemment blesser personne – mais elle n’a certainement pas contribué à améliorer mon image déjà négative des grosses ONG et de leurs effets dévastateurs, créant une logique de dépendance et d’assistanat à coup de millions de dollars trop souvent investis en dépit du bon sens.

En même temps, dans une situation où il ne peut pas y avoir de gagnants, ces mêmes ONG offrent aux réfugiés un endroit où au moins ils peuvent vivre en paix, à défaut de totalement dignement. Et j’y ai vu beaucoup de personnes remarquables réellement impliquées dans leur travail.

Il y a toujours deux faces à une même pièce, alors j’essaye aussi souvent que possible de regarder les deux pour éviter les jugements à l’emporte pièce. Pas toujours facile mais nécessaire selon moi 🙂

Ici nous sommes en paix

En tout cas, la paix est le mot qui revient chez tous les réfugiés que j’ai interrogés. “Ici au moins nous sommes en paix”. La peur, la colère et la tristesse se lisent sur tous les visages quand ils commencent à se raconter. Chacune de leurs histoires est atroce.

Leur futur porte évidemment peu d’espoir et nous n’allons pas changer leur vie avec des paniers tressés, je ne me fais aucune illusion là-dessus. Au mieux, nous contribuerons au fil des années à créer quelques options un peu plus lumineuses pour certains, qu’ils pourront emporter avec eux lorsqu’ils pourront quitter le camp.

En attendant, j’y ai fait de belles rencontres, j’ai pu parler avec certains vieux “papa” un français bien dilué à la sauce congolaise qui m’a fait beaucoup sourire. J’ai aussi vu des personnes (re)créer un sens de l’échange et de la communauté, apprendre de nouvelles choses et les pratiquer avec curiosité, (re)trouver une forme de fierté au travers de leur travail manuel. Et d’une certaine manière, c’est déjà pas si mal. La légende du colibris, c’est bien d’apporter une micro pierre à l’édifice universel n’est-ce pas ?

Sur ce, je vous souhaite une Wanderfull semaine en paix… on oublie de mesurer notre chance d’être nés dans des endroits où l’on ne connaît généralement la guerre qu’au travers des médias.

PS : sur le sujet des réfugiés, en France ceux-là, je vous recommande d’ailleurs le tout premier épisode de Demain N’attend Pas, un super podcast initié par ma tendre amie Delphine Darmon, dans lequel elle recevait Alice Barbe, cofondatrice de SINGA, une plateforme de mise en relation de personnes migrantes et de locaux autour de projets communs. Passionnant et à écouter ici

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