CODE RED : en Afrique comme en Europe, la précarité menstruelle est une réalité

Red is (not) dead

Si comme moi vous avez été grand.e fan de la Cité de la Peur à la belle époque des Nuls, vous connaissez bien sûr cette phrase mythique du début “Red is dead”… et la chansonnette qui s’ensuit “Il ne peut plus rien nous arriver d’affreux maintenant… mmmh ce bon bain m’a fait du bien”.

Bizarrement, c’est ce qui m’est venu en tête quand j’ai lu cette semaine cette nouvelle effarante : aujourd’hui en France, 10% des étudiantes fabriquent leurs protections elles-mêmes, par manque de moyens.

Et comme pour entériner ces données, la Ministre de l’Enseignement Supérieur Frédérique Vidal a promis la semaine dernière la gratuité des protections périodiques pour les étudiantes dès la rentrée prochaine. 1 500 distributeurs seront installés dans les universités et les Crous.

Tombée des nues

Soyons claire : j’avais déjà pris un gros coup de bambou sur la tête en 2015, quand je suis venue tourner en Zambie ma toute première vidéo pour School Club Zambia (pour un peu de dépaysement, la version longue est accessible ici ou pour la version courte plus axée sur les impacts).

SCZ Film – Version longue
SCZ Film – Version courte

Cette petite ONG locale adresse des sujets d’éducation très concrets en zone rurale en Zambie, parmi lesquels la précarité menstruelle. Dans ce pays d’Afrique de l’Est (comme partout ailleurs dans les pays en voie de développement), j’avais été stupéfaite d’apprendre (et de constater) le degré d’ignorance des jeunes filles en matière de connaissance de leur corps et de son fonctionnement.

Et même si j’aurais dû / pu m’en douter, j’étais tombée des nues en entendant que les menstruations sont la raison numéro un de l’absentéisme des jeunes filles à l’école : en moyenne 36 jours par an !!! De quoi justifier un sérieux décrochage. Plus inquiétant encore, c’est une des principales raisons pour les jeunes filles d’abandonner l’école à mi-parcours.

Zone rouge

Honte et peur d’être tâchées et de participer à des activités collectives, absence de blocs sanitaires dans la plupart des écoles – ou en tout cas de blocs sanitaires dédiés aux filles – absence de verrous sur les portes, pas d’accès à l’eau ou de douche pour se laver, peur de jeter leurs éventuelles protections de fortune dans une poubelle (quand il y en a ) par peur de la sorcellerie que pourrait opérer contre elles quelqu’un qui les récupèrerait (véridique)… autant de raisons de ne pas venir à l’école.

Du haut de ma naïveté d’occidentale ayant accès à tout à profusion, j’avais ainsi découvert que quelque chose d’aussi simple que de fournir quelques serviettes hygiéniques réutilisables à chacune changeait littéralement leur vie.

En plus de permettre de former des jeunes à la couture et de fournir une source de revenus pour l’école, un cercle totalement vertueux… Je vous incite définitivement à regarder l’une ou l’autre version de ma vidéo pour en savoir plus.

Et sinon, comment ça se passe chez nous ?

Alors en Afrique on se dit pourquoi pas, mais “chez nous” ce n’est pas le cas ? Et bien détrompez-vous : j’ai bien failli retomber de ma chaise en lisant cet article sur la précarité menstruelle des étudiantes en France.

Sur 6518 étudiantes interrogées, un tiers ont besoin d’une aide pour financer leurs protections périodiques, 13 % ont déjà dû choisir entre des protections et un autre produit de première nécessité (en gros : se nourrir), 10% sont contraintes à fabriquer leurs propres protections et une sur vingt utilise du papier toilette… Des chiffres totalement édifiants.

Bon alors, on passe toutes à la cup ou bien ?

Pour terminer sur une note menstruelle plus légère, je ne peux m’empêcher de mettre le lien vers un de mes sketchs favoris (en plus de Faites l’Étoile bien sûr) : la cup de madmoiZelle.

Cette vidéo a fait rire des palanquées d’hommes et de femmes sur un sujet tout à fait d’actualité. En matière d’”insight consommateur”, on peut dire que madmoiZelle a bien bossé son sujet, la bougresse, car rien n’est à jeter. Un de mes moments préféré reste la scène sur le banc avec le Fébrèze, mais je n’en dis pas plus.

Dans la même veine, la KaraoCup est une reprise décalée assez rigolote de “La vie ne m’apprend rien” de Daniel Balavoine, qui fait l’apologie des solutions de protection durables pour remplacer les traditionnelles protections jetables désastreuses pour l’environnement. Car il ne faut pas l’oublier, en tant que consommateurs.trices nous avons entre les mains le pouvoir de changer plein de choses à notre petite échelle.

Force rouge

En bref, que vous soyez cup ou tampons, force bleue, jaune ou rouge, la force est en vous. Et j’aimerais pouvoir dire que nous disposons de la liberté de choisir comment accompagner sa “force rouge”… mais pour de nombreuses femmes ce n’est pas le cas. Et c’est un vrai sujet.

Sur ce, je vous souhaite une Wanderfull semaine multicolore pleine d’enseignements.

Raphaelle

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