Faire confiance, résolument

Faire confiance et grandir

“La meilleure façon de savoir si vous pouvez faire confiance à quelqu’un, c’est de lui faire confiance”

Ernest Hemingway

En matière de lâcher-prise, je suis loin d’être forte sur tous les tableaux. Mais j’ai une force dont me réjouis : j’ai toujours eu naturellement une confiance relativement aveugle dans la nature humaine, ce qui me permet d’être très détendue à un certain nombre de niveaux.

Je ne sais pas trop d’où ça me vient – probablement en partie de mon éducation et en partie de ma personnalité – mais au lieu d’être vigilante en permanence et parano à l’idée de tout ce qui pourrait m’arriver ou de ce que je pourrais me faire voler, j’ai toujours été du genre à laisser mon sac à main bien posé (et généralement généreusement ouvert) en évidence partout où j’allais ou à ne pas fermer à clé mon appartement, ma maison ou ma chambre d’hôtel.

Alors oui, j’ai essuyé quelques revers en 25 ans de “pratique”, mais ils se comptent réellement sur les doigts d’une main (et même moins que ça). Et j’ai toujours été persuadée que plus d’anecdotes négatives arrivent à ceux qui sont en permanence sur le qui-vive qu’à ceux qui au contraire laissent la vie faire.

Et comme pour me donner raison, ma risible Wanderlose aux Philippines que je vous avais relatée dans ce billet, s’est justement produite alors que je résidais chez quelqu’un de très vigilant, qui avait posé des barreaux à toutes ses fenêtres, se barricadait de jour comme de nuit et était équipé d’un contrôle par caméra CCTV. Et de manière totalement incroyable, la police philippine m’a recontactée des mois plus tard alors que j’étais déjà en Afrique pour me dire qu’ils avaient tout retrouvé et me le renvoyer. C’est qui qui le “Shit Magnet” dans l’histoire? Ça reste à déterminer selon moi !

“Je vous donne tous les droits”

Tout ça pour dire que quand j’ai lu l’injonction absolue d’Abittan, entrepreneur qui érige la confiance absolue en philosophie dans ses entreprises, j’ai trouvé ça particulièrement enthousiasmant et me suis écriée intérieurement “Youpiiiiii”.

Daniel Abittan est un serial entrepreneur français, qui a monté plusieurs chaînes de distribution à succès, dont PhotoService – leader à l’époque des laboratoires de développement de photos en une heure – Grand Optical, Acuitis etc. Sur un pari un peu fou avec son ami Horovitz, il a aussi investi quelques millions d’euros dans le concept Châteauform’, une entreprise d’accueil de séminaires révolutionnaire qui traite ses clients en amis et que j’ai eu la chance de fréquenter à l’époque où je travaillais encore pour une entreprise du CAC 40.

Destinée à ses salariés, on retrouve sa devise (qu’il appelle “mon injonction absolue”) qu’il a écrite en 1982 pour le premier labo de sa future chaîne PhotoService, dans tous ses labos, magasins et Châteauform’ :

“Je vous donne tous les droits pour satisfaire nos clients, quel qu’en soit le coût et sans demander la permission à quiconque”.

Daniel Abittan

Magnifique !!!

Faire des règles pour 2% de “profiteurs” : le monde à l’envers !

On peut se demander évidemment si certains collaborateurs – et clients – n’en abusent pas. Sa réponse ? “Dans toute population, il y a toujours 2 % des gens qui vont profiter du système. Et 98 % des gens qui sont honnêtes. Or le drame, c’est que tout le monde fait des règles pour éviter les 2 %. Moi, je dis : “Je fais confiance.” Alors, est-ce qu’il y a 2 % qui peuvent profiter de moi ? La réponse est oui. Oui ! Profite de moi !”

Et quand il dit “Profite de moi” c’est bien entendu dans les deux sens du terme : il cherche à ce que le client profite du service, même si c’est de façon abusive. Car l’injonction absolue d’Abittan constitue une valeur de l’entreprise qui se vit à travers un service client inconditionnel.

Il faut probablement dire à ce stade que toutes les entreprises d’Abittan ont quelque chose en commun : ce sont des Entreprises Altruistes, au sens où Isaac Getz et Laurent Marbacher l’ont défini dans leur best seller L’Entreprise Altruiste un pavé paru en 2019 que j’ai lu récemment.

L’Entreprise Libérée, kézako ?

On peut certainement débattre à l’infini des motivations, méthodes et de la viabilité de l’Entreprise Libérée, premier concept développé par Isaac Getz – consultant, conférencier et professeur à l’ESCP Business School, mais aussi co-auteur du best-seller « Liberté & Cie » et auteur de « L’entreprise libérée » (tous deux chez Fayard).

Mais si l’on considère que seuls 6% des salariés affirment être engagés au travail (selon un sondage Gallup que je trouve alarmant) et que beaucoup s’ennuient dans leur travail (avec le développement du phénomène du bore out ), cela peut sembler pas totalement inintéressant d’aller regarder de plus près ces nouveaux modèles d’entreprises.

En gros, dans une entreprise libérée, l’organisation se met au service des salariés pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Elle permet à la majorité d’entre eux de jouir de la liberté et de la responsabilité complète pour entreprendre toute action qu’eux-mêmes décident être la meilleure pour l’entreprise. Une organisation horizontale en quelque sorte, au lieu de la bonne vieille organisation “en silo”.

Et l’Entreprise Altruiste alors ?

L’”Entreprise Altruiste” est un concept différent, développé dans son dernier ouvrage co-écrit avec Laurent Marbacher et publié chez Albin Michel, pour lequel il a étudié pendant 5 ans des dizaines d’entreprise de toutes tailles et secteurs sur 3 continents.

Là où l’entreprise libérée est tournée vers l’intérieur (les salariés), l’entreprise altruiste est tournée vers l’extérieur (son écosystème) et décide de transformer son cœur de métier pour mettre l’essentiel de ses activités au service de ses interlocuteurs externes de façon inconditionnelle, sans subordonner ce choix à leurs propres intérêts économiques, et grâce à cette orientation radicale prospère économiquement.

Concrètement, ce sont des entreprises où non seulement les salariés sont plus heureux et productifs, mais dont les résultats économiques sont une conséquence organique, fruit d’un service authentique de tous ceux avec qui elles interagissent. Cela paraît merveilleux évidemment, mais bien sûr ce n’est pas un long chemin tranquille et il n’y a pas de recette magique pour y parvenir. Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à vous plonger dans ce livre bourré d’exemples concrets et de références historiques et économiques intéressantes.

Sur ce, je vous souhaite une semaine Wanderfull, pleine de confiance absolue et de croissance organique. En espérant surtout que nous pouvons commencer à inventer un monde où l’on cesse de faire des règles pour 2%.

Raphaelle

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